Je me parle en espagnol. Je rêve de cathédrales, de volcans, de tequila, de chevauchées en bord de mer, de jalapenos et de cerveza, d'enfants souriants et de marchés colorés.
Aujourd'hui, avant de me rendre au travail, j'ai acheté une grande carte du Mexique, après avoir longuement hésité entre deux ou trois. Pour faire bonne mesure, même si je potasse le Michelin pratique depuis plusieurs semaines, j'ai quand même acheté le Routard, parce que l'autre ne me plaisait pas tellement.
Pourtant, en déverrouillant ma porte, ce soir, pour rentrer chez moi, j'ai eu un flash, un truc idiot: et si je n'en revenais pas? Mon Dieu, tout le bordel qu'il y a ici! Quel cadeau à faire à mon fils. Le ménage qui attend. Et mon testament qui n'est pas à jour. Tssss. Je vieillis, je pense.
jeudi 1 avril 2010
lundi 29 mars 2010
Bientôt le Mexique
Je me rends compte que je pars dans quatre jours. Une fois de plus, il me semble que je n'ai rien de fait, rien de prêt... Ma valise n'est même pas sortie du placard, moi qui, d'ordinaire, la fais, la défais et la refais dix jours à l'avance!
Nous atterrirons à Mexico, où nous resterons trois ou quatre jours. En plein week-end de Pâques, ça risque d'être intéressant.
Ensuite, eh bien, ensuite, nous verrons où le vent nous pousse. J'espérais pouvoir «couchsurfer», mais aucune des personnes avec qui j'ai tenté de prendre contact ne m'a répondu. J'essaie de ne pas le prendre personnellement, comme on dit.
Mais il paraît que beaucoup de particuliers offrent des chambres à louer dans les petites villes, nous irons donc au pif. C'est ce que nous avions fait en Croatie, et cela nous a toujours bien servi.
Non, nous ne nous aventurerons pas à Ciudad Juarez, là où l'on décapite allègrement le citoyen; nous tenterons de ne pas nous faire coffrer par des policiers véreux, nous pèlerons nos fruits et boirons de l'eau embouteillée, promis.
Je crois bien que j'ai hâte!
Nous atterrirons à Mexico, où nous resterons trois ou quatre jours. En plein week-end de Pâques, ça risque d'être intéressant.
Ensuite, eh bien, ensuite, nous verrons où le vent nous pousse. J'espérais pouvoir «couchsurfer», mais aucune des personnes avec qui j'ai tenté de prendre contact ne m'a répondu. J'essaie de ne pas le prendre personnellement, comme on dit.
Mais il paraît que beaucoup de particuliers offrent des chambres à louer dans les petites villes, nous irons donc au pif. C'est ce que nous avions fait en Croatie, et cela nous a toujours bien servi.
Non, nous ne nous aventurerons pas à Ciudad Juarez, là où l'on décapite allègrement le citoyen; nous tenterons de ne pas nous faire coffrer par des policiers véreux, nous pèlerons nos fruits et boirons de l'eau embouteillée, promis.
Je crois bien que j'ai hâte!
lundi 7 décembre 2009
Cuba en vrac
Je ne sais pas si c'est parce que je parle espagnol mieux que dans mes précédents séjours ou si les choses se dégradent vraiment, mais il m'a semblé que les Cubains sont plus désespérés, plus cyniques, plus amers que jamais.
Conversation (en traduction libre) avec X, ingénieur, qui nous emmène à La Havane dans sa voiture, une vieille allemande conservée comme un bijou (si je le nomme, si je donne des détails, si j'en dis plus, il m'a assuré qu'il serait dans la merde jusqu'aux yeux):
LUI: Rien ne fonctionne ici. Tout est un vaste mensonge!
MOI: Mais les écoles? Tous le monde est scolarisé à Cuba, non?
LUI: Tu parles! Mon fils devrait avoir 32 périodes de classe par semaine. Tu sais combien il en a eu la semaine dernière? Trois!
MOI: Mais comment ça?
LUI: Le prof n'était pas là, et il n'y avait pas de remplaçant! Les enseignants préfèrent travailler dans l'hôtellerie. C'est la seule chose qui permet de vivre un peu mieux, et pas parce que c'est plus payant, juste parce que les touristes apportent des cadeaux!
MOI: Et les hôpitaux? On dit qu'aucun Cubain ne paie pour ses soins de santé?
LUI: Il y a des médecins dans les grands centres, oui. Des hôpitaux internationaux équipés à la fine pointe, il y en a quatre ou cinq à Cuba, et très peu de gens y ont accès. Dans les villages, il n'y a que des dispensaires mal équipés, pas de médicaments, rien.
MOI: Mais où va tout l'argent du tourisme, alors?
LUI: Devine...»
Pourquoi les terres ne sont-elles pas cultivées alors que tout pourrait y pousser, pourquoi sert-on dans les hôtels des carottes en conserve venues de Chine dans ce pays si fertile, pourquoi La Havane tombe-t-elle en ruine, pourquoi personne ne peut lancer en paix une petite entreprise, pourquoi Machin ou Chouette ne peut-il pas tout bonnement nous prendre à bord de son auto et nous emmener faire un tour sans craindre la police, pourquoi y a-t-il tant de jeunes Cubains diplômés sans emploi, pourquoi, pourquoi, pourquoi?
L'embargo des États-Unis? Quelle blague! C'est le meilleur prétexte que l'on puisse donner à Fidel pour maintenir son peuple dans cet esclavage absurde. Si on l'abolissait demain matin, on verrait bien que là n'est pas le problème. Le problème, c'est la dictature. Le discours vide. Le mensonge.
Les slogans qui émaillent la seule autoroute du pays, là où nous verrions des pubs de MacDonalds ou de Subways (non que ça me plaise, mais au moins j'ai le droit de dire ouvertement que c'est de la merde), annoncent depuis 50 ans l'avènement d'un temps nouveau qui n'est jamais venu, proclament la gloire d'une révolution en marche alors que ce pays qui aurait tout pour être autosuffisant est exsangue, rendent hommage à la fierté d'un peuple déshonoré parce qu'on le prive de toute initiative et qu'on le réduit à la mendicité.
Je me suis demandé pendant un temps si j'allais revenir dans ce pays qui ne vit que par et pour le tourisme. Mais n'y plus retourner, c'est laisser à l'abandon ces gens si aimables, si fiers malgré tout, si joyeux et si dignes. Alors oui, j'y retournerai.
Conversation (en traduction libre) avec X, ingénieur, qui nous emmène à La Havane dans sa voiture, une vieille allemande conservée comme un bijou (si je le nomme, si je donne des détails, si j'en dis plus, il m'a assuré qu'il serait dans la merde jusqu'aux yeux):
LUI: Rien ne fonctionne ici. Tout est un vaste mensonge!
MOI: Mais les écoles? Tous le monde est scolarisé à Cuba, non?
LUI: Tu parles! Mon fils devrait avoir 32 périodes de classe par semaine. Tu sais combien il en a eu la semaine dernière? Trois!
MOI: Mais comment ça?
LUI: Le prof n'était pas là, et il n'y avait pas de remplaçant! Les enseignants préfèrent travailler dans l'hôtellerie. C'est la seule chose qui permet de vivre un peu mieux, et pas parce que c'est plus payant, juste parce que les touristes apportent des cadeaux!
MOI: Et les hôpitaux? On dit qu'aucun Cubain ne paie pour ses soins de santé?
LUI: Il y a des médecins dans les grands centres, oui. Des hôpitaux internationaux équipés à la fine pointe, il y en a quatre ou cinq à Cuba, et très peu de gens y ont accès. Dans les villages, il n'y a que des dispensaires mal équipés, pas de médicaments, rien.
MOI: Mais où va tout l'argent du tourisme, alors?
LUI: Devine...»
Pourquoi les terres ne sont-elles pas cultivées alors que tout pourrait y pousser, pourquoi sert-on dans les hôtels des carottes en conserve venues de Chine dans ce pays si fertile, pourquoi La Havane tombe-t-elle en ruine, pourquoi personne ne peut lancer en paix une petite entreprise, pourquoi Machin ou Chouette ne peut-il pas tout bonnement nous prendre à bord de son auto et nous emmener faire un tour sans craindre la police, pourquoi y a-t-il tant de jeunes Cubains diplômés sans emploi, pourquoi, pourquoi, pourquoi?
L'embargo des États-Unis? Quelle blague! C'est le meilleur prétexte que l'on puisse donner à Fidel pour maintenir son peuple dans cet esclavage absurde. Si on l'abolissait demain matin, on verrait bien que là n'est pas le problème. Le problème, c'est la dictature. Le discours vide. Le mensonge.
Les slogans qui émaillent la seule autoroute du pays, là où nous verrions des pubs de MacDonalds ou de Subways (non que ça me plaise, mais au moins j'ai le droit de dire ouvertement que c'est de la merde), annoncent depuis 50 ans l'avènement d'un temps nouveau qui n'est jamais venu, proclament la gloire d'une révolution en marche alors que ce pays qui aurait tout pour être autosuffisant est exsangue, rendent hommage à la fierté d'un peuple déshonoré parce qu'on le prive de toute initiative et qu'on le réduit à la mendicité.
Je me suis demandé pendant un temps si j'allais revenir dans ce pays qui ne vit que par et pour le tourisme. Mais n'y plus retourner, c'est laisser à l'abandon ces gens si aimables, si fiers malgré tout, si joyeux et si dignes. Alors oui, j'y retournerai.
Atterrir en catastrophe
Dimanche 6 décembre, 15h15, le pilote nous annonce que nous entreprenons notre descente vers Montréal. Je suis debout depuis 6h30: Oriol m'avait dit qu'il ouvrirait le bar un peu plus tôt pour me faire un dernier café, que j'ai savouré en regardant la mer s'agiter sous un ciel d'acier. Il ventait, ça sentait les embruns, il n'y avait personne que moi. Même moi, étais-je vraiment là?
17h, je suis rentrée depuis un petit quart d'heure, le téléphone sonne. «Fabienne? C'est Richard (mon patron). Est-ce que tu t'en viens bientôt?
- Euh... Où ça?
- Ben, on t'attend au journal.
- C'est une blague?
- Mais non, tu es à l'horaire aujourd'hui, Marie-Hélène est en vacances, on n'a personne d'autre à la correction.
- Tu veux rire?
- Non, non... Tu ne pensais pas travailler aujourd'hui?
- Euh... C'est que je viens de rentrer de vacances, tu te souviens? Je suis chez moi depuis 15 minutes. Je devais reprendre le travail demain seulement.
- Ah? Penses-tu que tu peux me dépanner? Je suis vraiment dans la m...
- Bon. C'est bien parce que c'est toi. Je serai là dans une demi-heure.»
J'ai vidé ma valise sur le plancher du vestibule pour trouver quelques indispensables accessoires, laissé le reste épars et sauté dans ma petite auto pour aller défendre le droit du public à une information exempte de fautes d'orthographe. À quoi bon avoir un afficheur?
Ça m'apprendra.
17h, je suis rentrée depuis un petit quart d'heure, le téléphone sonne. «Fabienne? C'est Richard (mon patron). Est-ce que tu t'en viens bientôt?
- Euh... Où ça?
- Ben, on t'attend au journal.
- C'est une blague?
- Mais non, tu es à l'horaire aujourd'hui, Marie-Hélène est en vacances, on n'a personne d'autre à la correction.
- Tu veux rire?
- Non, non... Tu ne pensais pas travailler aujourd'hui?
- Euh... C'est que je viens de rentrer de vacances, tu te souviens? Je suis chez moi depuis 15 minutes. Je devais reprendre le travail demain seulement.
- Ah? Penses-tu que tu peux me dépanner? Je suis vraiment dans la m...
- Bon. C'est bien parce que c'est toi. Je serai là dans une demi-heure.»
J'ai vidé ma valise sur le plancher du vestibule pour trouver quelques indispensables accessoires, laissé le reste épars et sauté dans ma petite auto pour aller défendre le droit du public à une information exempte de fautes d'orthographe. À quoi bon avoir un afficheur?
Ça m'apprendra.
lundi 23 novembre 2009
Dormir, manger, dormir
Depuis un peu plus de 24 heures que je suis ici, j'ai bien dû en dormir 14. Je dors sur la plage entre les repas, je fais une sieste d'une heure et demie avant le souper et, hier soir, je me suis mise au lit à 22h30 sans demander ni mon reste ni même un autre de ces délicieux cafés espanols qu'Oriol, Juan ou Ramon me sert avec des yeux énamourés comme si j'étais la plus belle femme du monde.
Je suis en tout cas la seule femme seule de tout l'hôtel, fréquenté surtout par des couples anglophones d'un âge certain et par d'autres, francophones, un peu moins décatis. Cela me vaut d'être l'objet de toutes les attentions de Yoel, Roberto ou Rogelio, et je ne m'en plaindrai pas.
L'hôtel ou je me trouve est encore plus au milieu de nulle part que je ne croyais. Quelques hameaux l'entourent, que je n'ai pas encore vus puisque je dors tout le temps, et le village le plus proche est à 14 km ou 30 pesos de taxi, aller-retour.
Mais j'irai d'abord explorer le banc de corail qui fait moutonner la mer juste devant ma chambre. Lionel (employé du club de plongée) m'a proposé de m'y accompagner. Oui, j'ai dit, con mucho gusto: dès que j'aurai assez dormi.
J'ai rencontré un couple de Gatinois fort sympathique, elle, travailleuse sociale, lui arpenteur; nous irons probablement à La Havane ensemble. Le défi: s'y rendre en train, expérience purement cubaine que nous a vivement déconseillée la représentante de Nolitour. «Vous savez, elle a dit, le train, ici, ce n'est pas comme chez vous...» On a répondu en rigolant: «Non, c'est sûrement mieux!»
Bon, cette connexion est aussi lente que tout Cuba, je n'abuserai donc pas des bonnes choses. À 8 pesos l'heure, autant avoir quelque chose a raconter.
Je suis en tout cas la seule femme seule de tout l'hôtel, fréquenté surtout par des couples anglophones d'un âge certain et par d'autres, francophones, un peu moins décatis. Cela me vaut d'être l'objet de toutes les attentions de Yoel, Roberto ou Rogelio, et je ne m'en plaindrai pas.
L'hôtel ou je me trouve est encore plus au milieu de nulle part que je ne croyais. Quelques hameaux l'entourent, que je n'ai pas encore vus puisque je dors tout le temps, et le village le plus proche est à 14 km ou 30 pesos de taxi, aller-retour.
Mais j'irai d'abord explorer le banc de corail qui fait moutonner la mer juste devant ma chambre. Lionel (employé du club de plongée) m'a proposé de m'y accompagner. Oui, j'ai dit, con mucho gusto: dès que j'aurai assez dormi.
J'ai rencontré un couple de Gatinois fort sympathique, elle, travailleuse sociale, lui arpenteur; nous irons probablement à La Havane ensemble. Le défi: s'y rendre en train, expérience purement cubaine que nous a vivement déconseillée la représentante de Nolitour. «Vous savez, elle a dit, le train, ici, ce n'est pas comme chez vous...» On a répondu en rigolant: «Non, c'est sûrement mieux!»
Bon, cette connexion est aussi lente que tout Cuba, je n'abuserai donc pas des bonnes choses. À 8 pesos l'heure, autant avoir quelque chose a raconter.
samedi 21 novembre 2009
Dehors novembre
Ma valise gît grande ouverte sur le plancher de ma chambre, son éventuel contenu pêle-mêle à côté. Je pars demain à l'aube pour Cuba, recharger mes batteries durement éprouvées par la lumière chiche de novembre, les restes d'une pneumonie, le stress d'un boulot de plus en plus frustrant, quelques secousses sismiques côté coeur et une molaire que mon dentiste n'a pas réussi à dévitaliser complètement (mal de dents, mal d'amour, dit-on?). Bref, j'en ai bien besoin.
Je m'en vais m'étendre sur la plage et n'en plus bouger, sauf peut-être pour déplacer ma chaise longue afin qu'elle reste à l'ombre et, de temps à autre, pour aller dire bonjour aux poissons. Il y a un récif de corail à quelques brasses de la plage, on n'a qu'à mettre masque et tuba et hop! Bbbllllglblblllllbbb...
J'emporte tellement de bouquins que je crains manquer de place dans mon bagage, mais pour une fois je me fiche complètement du nombre de paires de chaussures que je pourrai y caser. Je n'ai pas encore décidé si c'est parce que je vieillis ou parce que je suis vraiment déprimée.
samedi 16 mai 2009
Kipawa, me voici!
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Dimanche matin, je pars visiter Yves, le père de mon fils, qui s'est exilé l'an dernier dans le Témiscamingue (à ne pas confondre avec l'Abitibi). Six, sept heures de route en passant par l'Ontario avec étape à Mattawa, dans le seul hôtel de l'endroit, Le Voyageur Inn, «home of authentic tandoori indian cuisine», que j'ai fini par choisir après des heures de tergiversations. Tandoori indian cuisine? Dans ce bled perdu? Il est vrai que le monsieur qui m'a répondu au téléphone avait un authentique tandoori indian accent. On échappera donc au hamburger steak sauce brune pour souper, ce qui n'est pas plus mal, en fin de compte, bien au contraire.
Verrai-je des cerfs gambader sur la route (auquel cas j'espère qu'ils gambaderont ailleurs que devant notre pare-chocs, quand même)? Oserai-je me saucer dans le lac Kipawa avant le 24 juin, que ma mère disait que ça donnait la polio (ou quelque autre redoutable maladie, mais je confonds peut-être avec manger des bananes pas mûres ou des patates crues)?
J'ai en tout cas bon espoir de pêcher la truite du siècle (un permis? Pour quoi faire?), une bien grosse et grasse avec un foie gros comme ça, que je ferai griller sur feu de bois (et la truite, et le foie). Si ce n'est pas moi qui la pêche, pareil: un petit coup bien placé d'un couteau bien affûté, hop! Céline Dion et Ginette Reno ensemble ne réussiront jamais à répandre en si peu de temps et aussi proprement autant de tripes sur la table. On met le foie de côté et, si on a un peu de chance, les oeufs, que poêlés c'est un vrai délice, et la truite sur le gril, son foie bien sage à côté d'elle. Nourriture des dieux, je ne vous dis que ça.
Mettez le muscadet au frais.
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